12.8.06

DE L’EXIL A LA PRISON: Que vais je dire a Jana?

(This is a very moving article that a great friend of mine, Roland, wrote, and that has been published in Canada where he had recently emigrated. He is now back in Lebanon; I'll let him speak for himself... I have translated the article into English here.)

Mardi 25 juillet 2006, alors que les Canadiens d’origine libanaise et les Libanais doubles-nationaux se précipitaient au port pour rejoindre leur «terre promise», j’ai fait ce que mon cœur et mes convictions me suppliaient de faire : j’ai pris un billet Montréal-Paris-Damas afin de rejoindre ma famille et mon pays abandonnés au feu israélien et à la mort. La route de Damas à Beyrouth, dans le milieu de la nuit, fut un véritable cauchemar : le son des avions qui rodaient au-dessus du taxi (le seul qui était aussi fou que moi et qui avait accepté de prendre le risque) semblait comme le tambour de la mort que j’ai dû voir de près.

Je savais que je devais venir pour aider, mais je ne savais pas comment. Une semaine déjà et je sais que je ne regarderai plus jamais la vie de la même façon. Jeudi passé j’ai rejoint un groupe de jeunes entre 25 et 35 ans qui ont décidé de rester et de faire face à cette guerre atroce. Ça fait une semaine que je me déplace avec eux, chaque jour dans une école différente, où s’entassent des centaines de milliers de familles de déplacées, des familles démembrées et choquées, ces familles dont un ou deux membres sont restes sous les décombres, ces fragments de familles dont une partie se perd pour toujours sous les obus.

Dans les écoles surpeuplées, ces réfugiés survivent dans des conditions précaires : de maigres et rares portions alimentaires, quelques médicaments pour les cardiaques et les diabétiques. Nous essayons de garder les enfants, occupés, car ils ont faim et surtout ils ont peur : ils n’arrivent pas à dormir, la nuit étant déchirée par le bruit et les vibrations des bombardements israéliens. Aujourd’hui nous avons décidé de les faire rêver.

Avec de la peinture je dessinais sur leur petits visages fatigués des étoiles, des moustaches, des rayures de zèbre… et chacun d’eux pour un après-midi se croyait un magicien, un tigre ou un lion et pouvait vaincre la misère de passer ses nuits sur un petit tapis par terre avec une miette de pain pour le dîner.

Jana a 6 ans. Ça fait deux jours que je la rencontre au «camp de concentration» (c’est la meilleure description que j’ai trouve pour décrire ces petites chambres où s’entassent les réfugiés). Son père, resté à Tyr pour garder la grand-mère malade n’est plus jamais revenu. Jana est douce et sourit rarement. Aujourd’hui, elle m’a demandé de lui dessiner des fleurs blanches sur ses deux joues pales. Et, comme par magie, j’ai aussi pu dessiner pour la première fois un sourire sur sa petite bouche d’ange. Elle ne m’a pas lâché la main pour le reste du jour.

Le soir en quittant elle m’a regardé et m’a dit : «Si tu viens chez nous à Tyr, je t’offrirai une rose blanche de mon rosier que j’ai planté avec ma grand-mère.» Je regardais son doux visage innocent et ses mots me transperçaient le cœur.

En conduisant chez moi, je ne pouvais cesser de penser à Jana, à son rosier blanc teinte de sang, à sa maison écrasée par les missiles, à sa grand-mère et son père dont il n’en reste que les cendres.

Que vais-je dire à Jana? Que les Grands n’ont pas voulu arrêter le feu et qu’il ne reste rien de son enfance que les souvenirs? Que le sang de son père a taché le rosier blanc et qu’il est parti à jamais? Qu’elle n’a plus que sa mère et son frère de 2 ans et quelques sous, que pour unique ombrage elle n’a plus qu’un coin de rue sans toit ni havre?

Que vais-je dire à Jana, que les grands de ce monde pour toute réponse prétendent que la riposte est « mesurée »?

J’ai souri à Jana et le cœur brisé j’ai conduit dans Beyrouth, ville fantôme dès 15 heures, ne sachant si la nuit serait dévastatrice et si d’autres morts d’enfants qualifiées de « réponses mesurées » s’ajouteraient à notre misère.

Je pensais à Jana, alors que de chez moi, j’entendais les avions israéliens lâcher leurs beaux cadeaux du ciel aux enfants du Liban …Je pensais à Jana et aux autres enfants innocents ; je me révoltais devant cette purification bénie et légitimée par certaines grandes puissances, et je vous demande de répondre vous-même à Jana, vous, citoyens du monde épargné de la misère, car moi j’ai honte de lui dire ce que les Grands ont approuvé toujours jusqu'à cet instant…

4 Comments:

At Saturday, August 12, 2006 4:32:00 PM, Blogger gabrielf said...

hi all

visit: beirutgrafff.blogspot.com

 
At Saturday, August 12, 2006 4:47:00 PM, Blogger wiseman7777 said...

Very touching account. I wished there were more people like you who are going to Lebanon to support those that are still there.
Bravo and merci for sharing this genuine story.
How can one not cry reading it.

 
At Sunday, August 13, 2006 12:33:00 AM, Blogger Bluleb said...

Bonjour,

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At Tuesday, August 15, 2006 1:24:00 AM, Blogger khalid jarrar said...

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